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Enjeux-Suisse

Lundi 10 mars 2003

CAPITAL-RISQUE - Sur deux jours, le Swiss Tech Tour 2003 a visité quatre sites incluant le Technopark, le CSEM, l'EPFL et le CERN
Tech Tour: le financement d'un second tour demeure crucial
Parmi 250 projets déposés, 29 entreprises sélectionnées ont pu se présenter à des investisseurs venus de toute l'Europe.

Yves Hulmann

Remis de ses excès de la fin des années 90, le capital-risque prouve qu'il a toujours un rôle essentiel à jouer dans la création d'entreprises, même s'il ne fait plus les grands titres de la presse spécialisée. Cinq ans après sa première édition, le Swiss Tech Tour 2003 se présentait comme l'occasion par excellence de faire l'état des lieux du secteur en Suisse. Le seul fait que cette manifestation se tienne pour la deuxième fois dans notre pays constitue déjà en soi un élément positif: il s'agit en effet de la première fois que la European Tech Tour Association, l'organisation en charge de la manifestation, revenait pour une seconde édition dans une région déjà visitée.

Quinze minutes pour convaincre

Dans un concept se présentant un peu à l'image d'un concours de beauté, les sociétés sélectionnées ont eu chacune une quinzaine de minutes à disposition pour convaincre les investisseurs. Un exercice exigeant pour les deux parties, au vu de la diversité des techniques proposées par les start-up présentes à la manifestation mais aussi en raison des profils bien précis recherchés par les investisseurs. Sur deux jours, ce sont pas moins de 29 jeunes sociétés helvétiques qui ont eu la possibilité de se présenter à un panel d'investisseurs venus de toute l'Europe, avec représentation de sociétés basées à Londres, à Paris et dans la région munichoise. Parmi les investisseurs présents figuraient aussi bien des poids lourds du capital-risque européen à l'exemple de Sofinnova Partners (Paris), de DVC et Intel Capital (Munich), mais aussi nombre de plus petites sociétés qui se concentrent sur des thèmes d'investissement bien spécifiques. Les acteurs les plus importants du secteur basés en Suisse tels que Venture Partners ou Vision Capital (Europe) - dont fait partie aussi Sven Lingjaerde, président de la European Tech Tour Association - étaient aussi présents.

Une autre caractéristique de l'événement qui s'est tenu jeudi et vendredi dernier en quatre étapes (le Technopark de Zurich, le CSEM de Neuchâtel, l'EPFL et le CERN) est aussi la maturité des dossiers présentés. Le mythe de la jeune start-up, sortie tout droit d'un laboratoire d'une Ecole polytechnique ou d'un incubateur, fait de plus en plus place à des entreprises qui comptent plus de cinq années d'existence à leur actif et occupent plus d'une vingtaine d'employés. Au cours de la première journée du Swiss Tech Tour, une des sociétés présentées, la société basée dans la région zurichoise et en Finlande baptisée Heptagon, compte déjà plus de 10 années d'existence à son actif. L'entreprise saint-galloise Umantis, active dans les logiciels de gestion des ressources humaines, est même déjà bénéficiaire actuellement. De la même manière, une firme telle qu'Esmertec, active dans les télécommunications et qui emploie déjà plus de 60 personnes, ne correspond plus tout à fait au profil usuel de la start-up, même si elle est toujours à la recherche de fonds. Il est même arrivé qu'une société ne se déclare pas à la recherche de nouveaux capitaux: BridgeCo, une société active dans les puces électroniques destinées à l'industrie du divertissement basée à Dübendorf, voulait profiter de cette occasion pour nouer de nouveaux contacts et élargir sa base de clients. La très forte dépendance de jeunes sociétés envers une poignée de clients constitue du reste aussi un des problèmes auxquels se trouvent confrontés certaines start-up.

Les techniques de pointe, un des atouts principaux de la Suisse

A la question de savoir ce que recherche un capital-risqueur venu de l'extérieur en Suisse, le responsable d'un grand fonds européen basé à Munich souligne que l'intérêt de notre pays se situe surtout au niveau des compétences pointues acquises dans des domaines techniques très spécifiques, davantage dans le «hardware» que les logiciels par exemple. Selon le spécialiste, une des chances des start-up helvétiques se situe peut-être paradoxalement dans le fait que la Suisse ne possède pas de géants de l'électronique tels que Siemens, Infineon, à qui nombre de start-up venues d'outre-Rhin cherchent au plus vite à céder leur projet. Les «jeunes pousses» helvétiques ont ainsi davantage de chance de se développer à un stade plus avancé.

Si lors du Swiss Tech Tour, chaque capital-risqueur ne manque pas d'afficher constamment son opinion sur «le» projet du moment à suivre, il est un domaine où tous les acteurs du secteur se déclarent unanimes: les compétences en matière de gestion de projets des entrepreneurs - souvent issus du monde scientifique - sont en nette amélioration par rapport à il y a encore quelques années. Par ailleurs, le domaine du capital-risque est redevenu l'affaire des véritables professionnels de l'accompagnement d'entreprises, les opportunistes de la phase de bulle technologique ayant disparu à nouveau aussi vite qu'ils étaient arrivés. Il ne manque donc désormais plus que la reprise...

La Suisse se profile dans les semi-conducteurs

Parmi les thèmes d'investissement, les projets liés à des domaines tels que les logiciels ou les télécommunications, qui retenaient encore une bonne partie de l'attention il y a pas moins de trois ans, font place à des domaines pointus tels que les conducteurs, un secteur où la Suisse a acquis un degré de compétence particulièrement élevé. Aussi bien Avalon Photonics (Zurich et Neuchâtel), GigaTera (Dietikon), Nemerix (Lugano), BeamExpress (Lausanne), Colibrys (Neuchâtel), Innovative Silicon (Lausanne), MicroChemical System (senseurs, Corcelles) sont toutes des entreprises qui ont un lien plus ou moins étroit avec le secteur des semi-conducteurs, qu'il s'agisse d'applications dans le domaine de l'optoélectronique ou des télécommunications. En ce qui concerne les logiciels, ce sont avant tout les thèmes liés à la sécurité qui sont aujourd'hui fortement représentés avec des sociétés telles que Seclutions (Zurich) ou encore AlpVision (impression sécurisée). - (YH)

Georg Endress, «business angel» de l'année

En parallèle au Swiss Tech Tour, l'ASBAN (Association of Swiss Business Angel Networks) a remis le pris de «business angel» de l'année à Georg H. Endress. Né en 1924 à Fribourg en Brisgau, il est un des cofondateurs de l'entreprise Endress + Hauser à Lörrach. Ce prix avait précédemment été remis à des personnalités telles que Daniel Borel de Logitech. - (YH)